Quoi de plus durable que d’utiliser le bois de son propre jardin pour créer un nouveau meuble ? C’est avec cette idée à l’esprit que Treeline remet le bois massif local à l’honneur. Un pari loin d’être évident sur un marché dominé par les panneaux, imbattables en ce qui concerne le prix, la rapidité et la facilité d’utilisation. Pourtant, le bois massif possède un atout unique : il apporte à l’intérieur une âme et un caractère incomparables.
Sam Vansteenkiste a débuté sa carrière comme couvreur et menuisier avant de se former comme European Tree Worker. Les arboristes sont des passionnés de nature, mais ils doivent parfois abattre des arbres – une réalité difficile à accepter. « Les arbres abritent des nids, des insectes et d’autres animaux. Ils contribuent énormément à la biodiversité », explique-t-il. « Mais les clients ont parfois un autre point de vue : l’arbre provoque des conflits de voisinage, bloque la lumière ou gêne l’installation de panneaux solaires. Lorsqu’un permis d’abattage est accordé, l’arboriste n’a pas son mot à dire. On abat alors, parfois à contrecœur, en quelques heures, un monument qui a mis des centaines d’années à grandir. »


Dans la grande majorité des cas, ces arbres sont broyés et réduits en biomasse. Frustré par cette situation, Sam Vansteenkiste investit dans une première scierie mobile et commence à débiter et sécher des grumes à petite échelle. Aujourd’hui, il maîtrise toute la chaîne : Treeline est à la fois entreprise d’élagage, scierie et atelier de menuiserie.
Dans cette scierie, on travaille des essences variées, mais toujours des arbres ayant une histoire ou un caractère particulier. « En tant que petite structure, nous ne pouvons pas rivaliser avec les négociants traditionnels. Nous cherchons donc l’exceptionnel. If, frêne, tilleul, noyer, chêne, châtaignier, platane et hêtre de caractère, mais aussi des essences plus exotiques comme le tulipier, le chêne des marais, le séquoia ou le févier, introduits dans nos jardins à une époque où l’on rapportait encore de jeunes plants par avion. L’une de nos clientes a ainsi pu transformer l’immense séquoia planté par son arrière-grand-père en meuble, lorsque l’arbre est arrivé en fin de vie. »

Les arbres portent en eux une histoire que Treeline met en lumière. Comme ce chêne de plus de 300 ans du Kluisbos, abattu lors d’une tempête. « C’était le dernier d’un cercle de sept arbres. La raison pour laquelle ils étaient plantés en cercle reste un mystère, mais nous savons que ce chêne a traversé la campagne de Napoléon et deux guerres mondiales. Des impacts de balles et des éclats d’obus en témoignent. Les clients n’achètent donc pas seulement une table, mais un morceau d’histoire qui continue de vivre. »


La fabrication d’un tel meuble demande du temps. Les grumes sèchent d’abord à l’air libre pendant environ trois ans, puis passent encore quelques semaines en séchoir afin d’éliminer les insectes et d’atteindre le bon taux d’humidité. Au fil du temps, Sam Vansteenkiste a acquis une solide connaissance du bois.
« Comprendre le comportement des différentes essences, gérer les nœuds et les déformations : autrefois, ce savoir se transmettait de génération en génération. Aujourd’hui, on l’apprend sur le terrain. Parfois, cela passe par un processus d’essai et erreur. Des planches peuvent paraître parfaites après trois ans de séchage et pourtant se déformer ou se fissurer en sortie de séchoir. »
Treeline transforme ensuite ces planches en créations uniques : tables de salle à manger, tables basses et d’appoint, meubles de salle de bain, plans de travail ou bureaux. Une collection propre illustre les possibilités, mais la plupart des réalisations sont conçues sur mesure pour des particuliers ou des architectes. Travailler le bois massif demande du temps et du savoir-faire, ce qui a un coût. « C’est dommage que ce ne soit pas accessible à tous, mais si davantage d’architectes et de menuisiers optent pour le massif, les prix baisseront », estime Sam Vansteenkiste. Il y contribue lui-même en proposant également des plateaux massifs à ses confrères, avec possibilité d’usinage.

Il est difficile de rivaliser avec le placage et les panneaux. « Ils ont rapidement supplanté le bois massif dans nos intérieurs. Disponibles immédiatement, économiques et faciles à mettre en œuvre, ils offrent une qualité constante, des résultats parfaitement droits et symétriques, mais aussi très industriels. Associez-les au bois massif, et vous apportez immédiatement plus de caractère à un intérieur. Cela peut passer par des poignées, une table ou un plan de travail. De petits détails qui permettent de renouer avec la beauté du bois massif. J’invite les menuisiers et les architectes à oser se montrer plus créatifs et à faire découvrir différentes essences à leurs clients. La richesse disponible est immense dès lors que l’on s’y intéresse. »
Il conclut sur une note critique : mieux vaut éviter les bois tropicaux. « Leur usage dépasse souvent les besoins réels. Ils peuvent tenir 150 ans, alors qu’une terrasse ne reste en place que 50 ans tout au plus. Mieux vaut opter pour de l’acacia : son impact écologique est bien plus faible tout en offrant une durabilité largement suffisante. »
